Quel bilan ?

J’aurais aimé, idéalement, poser sur PARIS un regard aussi neuf que celui que j’ai pu porter sur d’autres grandes capitales mondiales que j’ai visitées.

Mais je ne peux pas faire semblant : j’ai passé mon enfance à 20 km de là, à VERSAILLES. Bien entendu, avec ma famille, j’ai découvert, à cette époque, les grands monuments de la capitale. Mes premières années de jeune adulte m’ont ensuite amené à étudier, puis à travailler à PARIS. Quand je prétends, dans ces conditions, poser le regard d’un nouveau Candide sur cette ville, je donne l’impression d’ être un mystificateur.

Et pourtant, je suis bien allé de découverte en découverte. Je me suis aperçu combien mes territoires  de prédilection (quartier Latin et quartier St Lazare) ajoutés aux grands sites touristiques, étaient bien peu de choses par rapport à la superficie et à la diversité de la grouillante capitale. 

Mes repères anciens étaient les gares et les stations de métro m’amenant à la destination souhaitée. Je me suis donc rendu compte que je n’étais pas capable, sans plan ni GPS, de me rendre d’une adresse à une autre, dans deux quartiers proches. Mon ignorance était telle qu’à part Montmartre et le Trocadéro, je pensais que PARIS était une surface plate. Je n’étais jamais allé, par exemple, jusqu’à Belleville.

Alors, quel bilan tirer de cette expérience ? 

On pourrait d’abord penser que mon choix arbitraire des limites territoriales de PARIS était discutable.  

En quoi l’ambiance d’Aubervilliers est-elle très différente de celle du 18ème arrondissement ? A l’heure du « Grand Paris », pourquoi fixer des limites ? Je réponds à cette dernière question : parce qu’il y a le Boulevard Périphérique. Certes, les lignes de métro ne cessent de se prolonger en banlieue. Mais le « Périph » reste une frontière, héritée des « Fortifs ».

Il n’y a pas un PARIS, mais des PARIS. Ce n’est pas tant la division administrative des arrondissements que j’évoque, mais plutôt celle des quartiers qui sont, parfois, autant de villages différents. Si nous regardons le plus petit des arrondissements parisiens (le 2ème), les noms des quartiers Gaillon, Vivienne, Bonne Nouvelle, Mail sont cités par leurs habitants.

Les amoureux de Paris déplorent la disparition de toute une population ouvrière partie vers des banlieues de plus en plus lointaines. Le prix des logements est une des raisons, et la décentralisation des industries en est une autre. En revanche, des communautés ethniques de milieux populaires restent bien implantées dans les arrondissements Nord et Est.

Le regroupement de communautés d’origine étrangère est une tendance commune à beaucoup de grandes capitales. Même pour les touristes, c’est un attrait de plus que de découvrir le quartier chinois ou de déguster les falafels de la rue des Rosiers.

En revanche, on peut s’inquiéter de ce que le communautarisme puisse engendrer intolérance et parfois insécurité dans certains quartiers. Que des squares soient devenus inaccessibles aux familles avec enfants, que des femmes seules ne puissent plus emprunter certaines rues, c’est intolérable. Le quartier Pajol-Chapelle, dans le 18ème arrondissement en est l’illustration la plus criante. Oui, il y a à PARIS, des rues ou des cafés réservés aux hommes. Lorsque ces faits sont dénoncés par des riverains excédés, des élus parisiens ou des associations hurlent à la discrimination raciale !

Parmi les critiques revenant très souvent sur la vie à PARIS, j’avais beaucoup entendu parler des crottes de chiens. Curieusement, alors que j’ai parcouru tous les trottoirs de la capitale, je n’ai pas du tout été concerné par le problème. Je pense qu’à cet égard, les comportements des maîtres ont évolué ces dernières années. En revanche, les immondices en tous genres (beaucoup de matelas) sur les trottoirs ne témoignent pas d’une grande vigilance de la Mairie de Paris et des mairies d’arrondissements. Ces mêmes élus ont laissé, petit à petit, les graffitis envahir le domaine public, comme le domaine privé. Là où  des communes (c’est le cas de celle où j’habite) s’engagent à faire intervenir dès le lendemain de l’infraction, une équipe de nettoyage, décourageant ainsi les envies de récidive, à PARIS, on s’habitue…

J’ai bien failli arrêter mon reportage après avoir sillonné les 10ème et 11ème arrondissements, tant j’étais écœuré par le spectacle de la saleté, du taggage et du laisser-aller général dans les rues des quartiers. Je me suis dit que ça allait sans doute être encore plus intense dans le 18ème ou le 19ème. Finalement, non, j’avais vu le pire dans ces deux arrondissements, spécialement près des gares du Nord et de l’Est.

Au contraire, dans les arrondissements populaires, du 18ème au 20ème par exemple, j’ai été touché par la présence d’une vie de quartier souvent associative. J’y ai aussi découvert plus d’espaces verts que je n’aurais imaginé.

C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai arpenté toutes ces rues parisiennes. Je ne peux guère en dire autant lorsque je les emprunte en voiture, car la circulation motorisée dans la capitale est aujourd’hui une rude épreuve. Je n’entends pas revenir sur les polémiques concernant les aménagements réalisés par la Mairie de Paris. Même sans cela, c’est avec appréhension que j’aborde maintenant la circulation dans Paris, notamment avec la multiplication des vélos, scooters, motos qui nous causent souvent, par leur comportement irresponsable,  de vives frayeurs.

Si j’en reviens au cœur historique de la capitale, je dois reconnaître qu’il est, lui, l’objet de toutes les attentions. Les touristes ont de bonnes raisons d’être heureux de découvrir ces lieux devenus mythiques pour beaucoup d’étrangers. Le seul risque – c’est celui de tous les sites touristiques du monde – est celui de la saturation, engendrant souvent des files d’attente.

Je me suis beaucoup amusé à observer les lieux, les gens, au cours de ce reportage. Mais je me suis posé aussi beaucoup de questions. Je me suis beaucoup enrichi de toutes ces recherches faites ensuite sur Internet pour y répondre. Il ne me reste qu’une frustration : j’aurais souvent aimé pousser une porte, ou interroger des passants. Où allaient-ils ? Comment vivaient-ils dans ces logements, dans ces bureaux ? J’ai mesuré ainsi à quel point mon approche était superficielle. Mais c’est ainsi : je ne suis qu’un petit voleur d’images, et non un sociologue !

LE MOT DE LA FIN

Malgré les inconvénients (circulation, pollution) de la vie à PARIS, si j’en avais les moyens, oui, j’y habiterais volontiers, dans un de ces quartiers tranquilles et verdoyants que j’ai découverts au fil de mes randonnées.