Hôtels Particuliers

Qu’appelle-t-on « hôtel particulier » ?

Le dictionnaire le définit ainsi  :
« type de logement consistant en une maison luxueuse bâtie au sein d’une ville, conçue pour n’être habitée que par une seule famille (ainsi que son personnel de maison). Il se distingue en zone urbaine de l’hôtel de rapport, construction généralement luxueuse, mais dont les appartements sont loués ou vendus à plusieurs particuliers, du palais habité par un prince de sang, ainsi que de la maison, qui n’a, quant à elle, pas le prestige des trois précédents. »

Au début des années 2010, PARIS compterait encore environ 400 hôtels particuliers sur les 2 000 que la ville comptait auparavant.

Les hôtels particuliers du quartier du Marais sont les plus connus, mais j’en ai vus beaucoup d’autres dans divers arrondissements. Hélas, j’ai souvent dû me  contenter de photographier des façades extérieures avec un portail fermé.

            Certains, heureusement, permettent au promeneur de s’aventurer  jusque dans la cour intérieure. En voici quelques exemples, choisis dans plusieurs arrondissements.

1er ARRONDISSEMENT 

2, Rue Saint-Florentin, l’actuel Consulat des États-Unis est installé dans cet hôtel construit en 1775 pour le duc de La Vrillière, Secrétaire d’Etat à la Maison du Roi Louis XV.

3ème ARRONDISSEMENT

Rue des Archives, L’hôtel de Soubise, anciennement hôtel de Clisson puis hôtel de Guise, fait désormais partie des Archives Nationales.

Rue Vieille-du-Temple, on demeure frustré devant la belle façade de l’hôtel de ROHAN. Attenant à l’hôtel de Soubise, il conserve, lui aussi, les Archives Nationales.

L’hôtel de Guénégaud, rue des Archives, fut construit en 1655 pour Jean-François de GUENEGAUD, Maître des Comptes.

Son architecte est François MANSART : c’est d’ailleurs le seul hôtel du célèbre architecte qui soit encore visible aujourd’hui.

4ème ARRONDISSEMENT

Hôtel d’Aumont Rue de Jouy.

En 1644, Michel-Antoine SCARRON, conseiller du roi, oncle du poète burlesque Paul SCARRON, fait construire l’hôtel actuel sur les plans de         Louis Le Vau. Mais ce sont les ducs d’Aumont qui vont s’y succéder.

La construction de l’hôtel est achevée en 1648. Il est ensuite remanié et agrandi par François MANSART, décoré par Charles LE BRUN. Le jardin à la française est probablement dessiné par André Le Nôtre.

Il est amusant de constater que les courtisans du Grand Siècle savaient utiliser les talents des artistes du Roi Soleil. Fouquet en abusa quelque peu…
Depuis 1959, c’est le Tribunal Administratif de PARIS qui occupe l’hôtel.

Hôtel des archevêques de SENS, rue du Figuier

Paris ne devient archevêché qu’en 1622. Avant cette date, la capitale dépendait de l’archevêché de Sens. C’est Tristan de Salazar, archevêque de cette ville qui fait détruire l’hôtel d’Hestoménil abandonné par les rois de France, pour reconstruire à sa place entre 1475 et 1519 l’actuel bâtiment.

Après avoir été occupé par de nombreux prélats, il connaît ensuite diverses affectations, avant d’être racheté en 1911 par la Ville de Paris qui y abrite depuis 1961, la bibliothèque Forney, consacrée aux beaux-arts, aux métiers d’art et à leurs techniques.

De tous les hôtels particuliers que j’ai vus, c’est mon préféré. Quel que soit l’angle sous lequel on le voit, il séduit. L’accessibilité au public est aussi un élément appréciable pour le promeneur.

Rue Saint Antoine, se trouve l’hôtel de Sully. Bien qu’ayant été très peu habité par le célèbre conseiller d’Henri IV, il a conservé son nom. Démembré au 19ème siècle (divisé en appartements et boutiques), il a fait l’objet d’une longue restauration, il y a un demi-siècle, et retrouvé son beau cachet.

Hôtel Fieubet, quai des Célestins.

Il ne reste pas grand’chose du bâtiment initial réalisé au 17ème siècle par Jules Hardouin-Mansart. Le style néo-baroque italo-espagnol s’est invité au 19ème siècle !

C’est l’école privée « Massillon » qui y est aujourd’hui installée.

Hôtel Lamoignon, Rue Pavée

Guillaume de Lamoignon, premier Président du Parlement de Paris au 17ème siècle ne fut que l’un des très nombreux propriétaires de cet hôtel , qui connut aussi beaucoup de locataires (dont Boileau, Racine, Madame de Sévigné).

Rendons hommage à Antoine MORIAU, procureur du roi qui légua en 1759 à la Ville de PARIS 140000 volumes et pièces à caractère historique, concernant PARIS.

La Mairie de PARIS racheta le bâtiment en 1928 : il est ainsi devenu officiellement la « Bibliothèque historique de la Ville de Paris ».

Hôtel de Saint Aignan, rue du Temple

Construit au 17ème siècle pour le surintendant des Finances Claude de Mesmes, il fut défiguré à la Révolution et servit pendant 20 ans de Mairie d’Arrondissement.

Il a ensuite été utilisé pour le commerce, avec de nombreux commerçants juifs. Treize de ses habitants ont été « raflés » en 1942 et tués dans les camps.

A la fin du 20ème siècle, de longs travaux de restauration ont permis d’y installer le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

Hôtel de Mayenne, rue Saint Antoine

Cet ensemble a connu, comme les autres, une histoire longue et compliquée. Retenons qu’il appartient depuis 1872 aux Frères des Ecoles Chrétiennes. Une très courageuse restauration a permis en 2012 une véritable inauguration de l’Hôtel de Mayenne, débarrassé des rajouts disgracieux qui l’encombraient.

Il demeure néanmoins un groupe scolaire (de l’école au Lycée) toujours dirigé par les Frères des Ecoles Chrétiennes.

6ème ARRONDISSEMENT

Hôtel de la Monnaie, quai Conti

Il fut construit en 1773 pour accueillir les ateliers de la Monnaie, qui travaillaient jusque là dans de vieux quartiers, inadaptés à une production croissante. L’édifice (117m de long) fit l’admiration de tous et valut à l’architecte ANTOINE d’entrer à l’Académie Royale d’Architecture.

Il abrite encore aujourd’hui la « Monnaie de Paris » et le Musée de la Monnaie de Paris.

7ème ARRONDISSEMENT

Hôtel de Béhague, rue de l’Exposition

Je n’ai pas eu le plaisir d’être invité à l’Ambassade de Roumanie et n’ai donc vu que les extérieurs de cet hôtel construit en 1866 pour le Comte de Béhague, et acheté en 1939 par le roi de Roumanie Carol II.

En photographiant Avenue Floquet, l’Ambassade Tchèque, je pensais voir encore un monument historique.

Erreur : si l’on peut parler d’hôtel La Rochefoucauld, puisque ce fut le nom de sa première propriétaire, son style néo-classique nous trompe : il date de 1912 !

Depuis 1919, il abrite l’Ambassade Tchèque.

Hôtel Chanac de Pompadour Rue de Grenelle

Construit en 1705 pour l’abbé Chanac de Pompadour, il fut acquis en 1767 par un gentilhomme suisse. Depuis, il est resté propriété helvétique puisque il est le siège de l’Ambassade de Suisse en France depuis 1938.

8ème ARRONDISSEMENT

HOTEL D’ESPEYRAN, Rond-Point des Champs-Élysées.

Cet hôtel particulier fut construit en 1888 en style néo-Louis XV, pour la veuve de Frédéric Sabatier d’Espeyran (riche famille de négociants et propriétaires originaires de Montpellier) .

Il abrite aujourd’hui le siège de la maison de ventes aux enchères Artcurial.

Hôtel de Crillon, Place de la Concorde

C’est Louis XV  – et son architecte GABRIEL – qui aménagèrent la Place de la Concorde, de part et d’autre de la rue Royale. « L’hôtel d’Aumont » devint la propriété de François de Crillon en 1788. La famille de Crillon l’occupa jusqu’en 1907.

C’est la Société des Hôtels du Louvre qui, en l’achetant, en fit un palace, ce qu’il est encore aujourd’hui.

Hôtel de la Marine, Place de la Concorde

De l’autre côté de la rue Royale, c’est un peu le jumeau du « Crillon », puisque Gabriel en est aussi l’architecte. S’il a été longtemps occupé par le Ministère de la Marine – d’où son nom – il a connu beaucoup d’autres affectations. La dernière en date (2018) : il va abriter la Fondation pour  la Mémoire de l’Esclavage.

9ème ARRONDISSEMENT

L’hôtel de la Païva, Place Saint Georges.

Esther Lachman (la Païva) était une aventurière russe d’origine polonaise très modeste, devenue marquise portugaise, puis comtesse prussienne.

Elle fit construite cet hôtel, terminé en 1865, après 10 ans de travaux et 10 millions de francs or dépensés. Dans cet édifice au style Renaissance italienne  (avec jardins suspendus!), elle donna des fêtes restées célèbres.

C’est dans ce beau cadre que sont donnés aujourd’hui les cours aux élèves de l’École Nationale de la Magistrature.

Hôtel de Mademoiselle MARS, Rue de la Tour des Dames

Le Maréchal de Gouvion Saint Cyr, pour qui fut construit cet hôtel en 1820, ne l’occupa que quatre ans. Il le vendit à la comédienne la plus célèbre de l’époque, Mademoiselle MARS. Il a gardé ce nom, malgré les propriétaires successifs.

Il est aujourd’hui encore la propriété d’un particulier, après une très belle restauration.

11ème ARRONDISSEMENT

Hôtel de Mortagne, rue de Charonne

Il n’a plus guère d’allure, cet hôtel construit en 1661 par le neveu de François MANSART pour le duc d’Orléans. Des promoteurs l’ont transformé en immeuble d’habitation de six étages. Il a pourtant une belle histoire.

C’est dans cet hôtel que VAUCANSON construit une grande partie de ses automates, ainsi que de nombreux métiers à tisser la soie.

À sa mort, il lègue à Louis XVI l’ensemble de ses machines. Le roi y établit le        « Cabinet des mécaniques du roi », un musée industriel ouvert au public, l’ancêtre du musée des Arts et Métiers.

Il est permis de supposer que si cet hôtel s’était trouvé dans le Centre de Paris, il aurait pu être mieux protégé.

Il est inscrit aux Monuments historiques depuis 1928

13ème ARRONDISSEMENT

Château de la Reine Blanche, Rue des Gobelins

Dans ce quartier de teinturiers (famille Gobelin), au bord de la Bièvre, l’actuel « îlot de la Reine Blanche » était autrefois le « Bourg Saint Marcel », hors de PARIS. L’ensemble des maisons de cet îlot, datant des 16ème, 17ème et 18ème siècles, a été très bien restauré.

Le plus beau bâtiment mérite son nom, puisque la veuve de Saint Louis, Marguerite de Provence, s’y retira jusqu’à sa mort. Il faut se rappeler que le blanc était la couleur de deuil des reines de France.

16ème ARRONDISSEMENT

HOTEL-MYSTERE, enclavé au centre d’un petit quadrilatère (rue La Fontaine, Avenue Léopold II, Avenue Emile Bergerat, Avenue du Recteur Poincaré).

Il m’a séduit lorsque je descendais l’Avenue Léopold II, mais mes recherches ultérieures ne m’ont pas permis de l’identifier. Il n’est pas sur la liste des Monuments Historiques, mais il le mériterait sans doute !

20ème ARRONDISSEMENT

Pavillon de l’Ermitage, rue de Bagnolet

Certes, ce Pavillon n’est pas vraiment un hôtel particulier. Mais il fallait bien que je valorise un peu ce pauvre 20ème arrondissement où se trouvait autrefois le château de BAGNOLET, dont ne subsiste que ce joli Pavillon, dernière « folie » parisienne de style Régence.

Nous avons la chance de vivre dans un pays qui protège aujourd’hui efficacement son patrimoine historique. Mais cela n’a pas été toujours le cas. J’en veux pour exemple cette photo que j’ai prise au numéro 5 de la rue de Varenne (4ème arrondissement). Oui, ces murs étaient ceux d’un hôtel particulier….