Histoires d’eaux

L’EAU DE PARIS A TRAVERS LES SIÈCLES

La distribution de l’eau, dans toute grande ville, constitue un souci permanent pour la municipalité.  Si le fait d’être traversé par un grand fleuve, suffisait peut-être aux premiers Gaulois de Lutèce, il ne répondait nullement aux besoins d’une cité qui n’a cessé de s’agrandir.

Dès le Premier siècle, les Romains ont construit un aqueduc qui prenait l’eau aux environs de Rungis, comme l’atteste ce vestige que j’ai pu photographier Rue de l’Empereur Julien.

Des aqueducs, dix siècles plus tard, ce furent des abbayes de moines qui en créèrent à leur tour et installèrent à PARIS la première fontaine publique.

Le Roi Philippe-Auguste, lui, chargea les Prévôts des Marchands d’alimenter en eau la capitale. Et pendant cinq siècles, ce fut Belleville qui fut le château d’eau des Parisiens.

En août 1776, les frères Perrier proposèrent d’élever l’eau de la Seine et de la distribuer à leurs frais. Louis XVI, en acceptant ce projet, autorisait cette nouvelle « Compagnie des eaux » à construire des machines pour élever l’eau de la Seine, à aménager des fontaines dans Paris pour alimenter les petits ménages ou les particuliers.

Ci-dessous, une gravure montrant la « Pompe Notre-Dame » datant de cette époque.

Ce fut, en définitive, Napoléon Ier qui fit réaliser les travaux du canal de l’Ourcq imaginés antérieurement par Colbert, avec un double objectif de navigation et de ressource pour l’alimentation en eau potable.

Ci-dessous, gravure de 1802 montrant cette nouvelle réalisation.

La doctrine d’Hausmann, sous le Second Empire, s’inspira de trois principes importants : maîtrise de la Ville sur la propriété de ses eaux, choix d’eaux de sources pures, et complémentarité des services « eaux » et « égouts ».

C’est en 1872 que le célèbre Richard Wallace, l’anglais le plus parisien de son temps, offrit à la ville de Paris :  » cinquante fontaines à boire, à établir sur les points les plus utiles pour permettre aux passants de se désaltérer « .

En quelques années ce fut 208 fontaines qui furent édifiées dans tout Paris. Après avoir disparu au fil des ans, les fontaines Wallace, alimentées en eau potable, réapparaissent désormais dans la ville pour couler jour et nuit.

Depuis 2008, la Compagnie générale des Eaux et le Groupe Suez ont été écartés de la gestion des eaux parisiennes, confiée à une régie municipale. Quelle est aujourd’hui la situation à PARIS avec cette régie « EAU DE PARIS » ?

La capitale dispose de 800 000 m3 d’eau potable par jour soit 200 litres par habitant et par jour. A cela il faut ajouter 40 000 m3 d’eau, non potable, destinés au nettoyage des rues et à l’arrosage public.

Les grands réservoirs d’une capacité totale de plus d’un million de mètres cubes sont au nombre de sept :

Ménilmontant, Belleville, Montsouris, Les Lilas, Montmartre, Saint-Cloud, l’Hay-les-roses.

MES DÉCOUVERTES

Si beaucoup de surprises agréables m’ont été réservées par mon périple parisien, je ne peux pas y intégrer les doux ruissellements de l’eau, qui furent trop rares à mon gré.

Certes, si j’en crois la Mairie de PARIS, il y a environ 900 fontaines réparties dans la capitale. Mais la plupart n’attirent guère l’attention et ne fonctionnent qu’à la demande, dans les squares notamment.

Les photos qui vont suivre montrent souvent des fontaines spectaculaires, ornementées…mais qui ne sont pas mises en service. Combien de bassins à jets d’eau, sur des grandes places, restent à sec, même en été !

Quand on se rend sur un lieu aussi touristique que l’esplanade du Trocadéro, on aimerait y voir les jets d’eau en action tous les jours. Or, c’est de plus en plus rare.

Après m’être interrogé sur le bien-fondé de mes observations, j’ai trouvé un récent article du « Parisien » à ce sujet, confirmant mes impressions.

« Bassins rue Récamier, rue de Sèvres… il y en a de plus en plus qui ne fonctionnent pas », estime Jacques Barozzi, auteur de « Paris de fontaine en fontaine ». Lorsqu’il a fait le tour de la capitale l’été dernier pour son livre, ce spécialiste a été très surpris. « Selon moi, la moitié des fontaines ne sont plus mises en eau. Or c’est quand même leur raison d’être! »

Parcourir les artères parisiennes m’a amené à longer parfois de hauts murs. Ceux-là n’emprisonnent pas des hommes, mais des mètres cube d’eau. Ils entourent les réservoirs de Ménilmontant, des Lilas ou de Montsouris.

FONTAINES

Fontaine des 4 Saisons, Rue de Grenelle (7ème arrdt)

Elle se présente comme une façade de palais de style classique d’une dizaine de mètres de hauteur et qui se développe sur près de vingt mètres au long de la rue de Grenelle, intégrant deux portails de part et d’autre.

Réalisée en 1745, avec des sculptures de Bouchardon, elle fut raillée par Voltaire, pour son gigantisme disproportionné par rapport au service rendu Je n’en montre ici que la partie centrale.

Fontaine du 14ème arrdt (auprès du réservoir MONTSOURIS) : eau venant de l’Yonne par l’aqueduc du Loing.

« Les Poings d’Eau » Boulevard Davout, 20ème arrdt.

5 fontaines ont été installées depuis 2012 près de la Porte de Montreuil par une artiste africaine. Elles représentent les notables du néo-colonialisme.

Fontaine de Gasq à Montmartre (1932)

Trois divinités pour trois vasques, dans les trois grottes sous les trois coupoles de la Basilique. Il y a de la Trinité dans l’air !

Fontaine du Square Cité Trévise 9ème arrdt

Trois nymphes dans un square discret. (1842)

Fontaine du Conservatoire, rue Bouret, 19ème arrdt

1987 – Sculpteur Fernand POUILLON

Je cite une appréciation de guide touristique : « C’est la nuit que la beauté de cette fontaine se révèle par de subtils jeux d’éclairage sur les chutes d’eau. On en oublie alors la sobriété des formes et l’uniformité des matériaux. »

Pas de chance pour moi : je l’ai vue de jour et sans eau. Et c’est à mon avis, la fontaine la plus laide de PARIS !

Fontaine de Joyeuse, rue de Turenne, 3ème arrdt

Elle remplaça en 1847 une fontaine construite en 1687 pour satisfaire les besoins du faubourg Saint Antoine. On distingue au pied du petit personnage, le mot « l’Ourcq » indiquant l’origine de l’eau.

Fontaine Saint Michel, 5ème arrdt

Conçue par l’architecte Davioud, elle est née de la volonté d’Hausmann de combler l’angle entre le boulevard Saint-Michel et la place Saint-André-des-Arts et donner un débouché visuel à la perspective du Boulevard du Palais.

Elle nous montre l’archange Michel terrassant le Diable dans un arc de triomphe entouré de dragons ailés.

Très critiquée lors de sa création en 1860 pour les excès de son style éclectique, elle reste aujourd’hui un lieu très prisé des touristes.

« Dans ce monument exécrable,
On ne voit ni talent ni goût,
Le Diable ne vaut rien du tout ;
Saint Michel ne vaut pas le Diable. » (anonyme-1860)

Fontaine Trogneux, rue de Charonne Paris 11ème arrdt

Cette fontaine fut érigée sous Louis XV et restaurée à deux reprises : sous l’Empire et en 1963.

Elle était à l’origine alimentée par l’eau de la Seine (pompe Notre-Dame)

Fontaine de Jarente, Impasse de la Poissonnerie, 4ème arrdt

C’est dans cette impasse que se tenaient les poissonniers du Marché Sainte Catherine, qui sollicitèrent une alimentation en eau à la fin du 18ème siècle.

Fontaine Boucherat, Place Olympe de Gouges 3ème arrdt

Pas besoin de commentaires pour cette Fontaine qui assure elle-même sa présentation !

Fontaine Rue Charlemagne 4ème arrdt

Au chevet de l’église Saint Paul-Saint-Louis et proche du Lycée Charlemagne, cette fontaine de 1840 propose des motifs qu’on retrouve sur beaucoup d’autres : enfant et dauphins.

Fontaine rue de la Roquette 11ème arrdt

De même époque que la précédente (Monarchie de Juillet), la fontaine dite « de la Roquette » a été restaurée en 2010.

Fontaine, square de la Madone, 18ème arrdt

La fontaine du Square de la Madone est alimentée par la nappe fossile de l’Albien où coule une eau ferrugineuse vieille de plus de 25 000 ans. C’est une nappe souterraine profonde à plus 700 mètres de profondeur.

Fontaine, square Henri Collet, 16ème arrdt

Ce square a pris le nom d’un musicien en 1993 ; il se nommait auparavant « Square du pré aux chevaux ».

Fontaine moderne, Boulevard Vincent Auriol, 13ème arrdt

LES REGARDS

Profitant des hauteurs naturelles de la butte de Belleville, l’ancien système captait les eaux de pluie, lesquelles descendaient jusqu’à la ville et alimentaient différentes fontaines.

Sur le trajet, de nombreux regards permettaient de vérifier le bon fonctionnement du système ainsi que la propreté de l’eau.

Ces regards n’ont plus réellement d’utilité, mais ils continuent tout de même à collecter naturellement l’eau des pluies. À la seule différence qu’aujourd’hui, cette eau est acheminée vers les égouts !

Regard des Maussins, Boulevard Sérurier, 19ème arrdt

Regard de la Lanterne, Rue Compans, 19ème arrdt

LES BASSINS

Occupant le centre des places ou celui des squares et jardins, les bassins de Paris offrent la perspective de leurs plans d’eau et parfois de leurs jets. Dans le meilleur des cas, comme ci-dessous au Jardin du Luxembourg, ils acceptent la navigation des bateaux d’enfants !

Bassin des Jardins de l’Observatoire

Enfin un peu d’animation autour des « chevaux hennissant » du sculpteur Emmanuel Fremiet.

Bassin-Fontaine aux Lions de Nubie, Parc de La Villette

Anciennement installée Place de la République, elle se trouve aujourd’hui devant la grande Halle de la Villette. Elle a été conçue par Girard, l’ingénieur du canal de l’Ourcq.

Bassins de la Place de la Concorde

Les deux bassins-fontaines ont été érigées vers 1840 sur les plans de Hittorff. Les vasques et toutes les figures sont en fonte de fer cuivrée

Bassin de la Porte d’Auteuil

Marquant l’entrée de l’hippodrome d’Auteuil, ce bassin un peu perdu dans l’intense circulation routière s’appelle « L’amour, l’éveil à la vie » (1926). Son sculpteur a bien joli nom, Raoul Lamourdedieu.

Bassin des Polypores, rue Balard, 15ème arrdt

Les polypores sont de drôles de champignons développant d’immenses soucoupes. Le plasticien Jean-Yves LECHEVALLIER s’en est inspiré pour créer ce bassin en 1983.

Comme beaucoup de gens, je l’ai découvert pour la première fois en voyant le film d’Alain RESNAIS « On connaît la chanson » !

Bassin, Place Saint-Médard, 5ème arrdt

Encore un bassin-fontaine récent (1990).

Bassin-fontaine du square Louvois 2ème arrdt

Cette fontaine a été réalisée en 1844 par Louis Visconti à la demande de Louis-Philippe. Elle est un hommage aux quatre grands fleuves français : Seine, Garonne, Loire, Saône.

Bassin Place St Sulpice, 6ème arrdt

Cette fontaine monumentale est également due à Louis Visconti. Terminée en 1848, elle présente quatre évêques qui furent des orateurs appréciés…de Louis XIV : Bossuet, Fénelon, mais aussi Fléchier et Massillon.

Terminons ce tour d’horizon des lieux arrosés par l’eau de Paris, par un représentant des humbles, des discrets serviteurs du promeneur assoiffé : les bornes d’eau qu’on trouve dans de nombreux squares.

Celle qui suit assure son service dans le « Jardin de la Gare de Charonne ». Ce curieux nom pour un jardin s’explique par le fait qu’il occupe l’emplacement de l’ancienne gare de Charonne-Marchandises.